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Comme d'hab je suis tentée de mettre ici ce qui me passe par la tête, le problème c'est que je réfléchis comme un ruisseau: ça coule, je ramasse des trucs , ça gonfle. Au total je ne
sais pas si c'est bien digeste..
Enfin , si vous êtes là...tanpis pour vous! ;0)
Mon père a lu les Essais de Montaigne, j'étais encore étudiante ou tentais de faire vivoter un atelier-galerie à l'époque. Mais je me
souviens des mines gourmandes qu'il avait en les lisant.
J'en ai déniché un tome l'autre jour dans une bouquinerie, et depuis je cale sur le début. En fait le début déjà me comble d'aise,et presque me nourrit depuis toutes ces semaines. Du coup
je n'ose même pas lire la suite, sinon ça va faire trop.
En substance ce qui me remplit tant de joie c'est que loin d'être des animaux constants comme nous nous plaisons à l'imaginer, on est, selon Montaigne, foncièrement inattendus. Un
rien, un zéphir, une mouche nous fait changer, d'avis, de route, de goûts.
Je le crois sur paroles. J'avais tellement envie de le croire de toutes façons. C'est tellement génial comme permision.
"Tu as le droit de tout faire, et surtout d'être toi-même en étant toujours différent. J'attendais que quelqu'un me dise ça un jour.
La porte ouverte, le paradis.
Depuis, j'ai glané d'autres petites choses qui me ravissent . J'ai découvert que chaque jour est complètement nouveau et différent du précédent.
Disons que depuis longtemps déjà, j'ai la hantise de la répétition, parce qu'elle efface les souvenirs.
Trop de régularité raccourcit le temps à une vitesse stupéfiante, en tout cas l'espèce de gros album photo qu'on a dans le cerveau. Il ne remarque, ce stupide amas de circonvolutions, que
les éclats, les pincements, les brûlures, et là , clac , il imprime.
Bien-sûr en cherchant bien, on retrouve les petites pages plus douces, plus anodines, mais il ne les délivre pas facilement, ce cossard.
Donc, si on a en tête que les jours sont assez semblables et que nous-même ne changeons pas, imaginez le résultat, encéphalogramme plat, un album aux trois-quart vides, quelle gâchis.
On a beau se satisfaire d'un rien, d'une micro poussière, si l'autre là-haut, le gros charnu rose pâle, il ne fait rien de tout ça, on a l'air malin au bout du compte.
Mais j'ai trouvé sa faille, son talon d'achille.
Si moi, je considère que chaque jour est différent, si tous mes sens me le disent, si mes yeux le voient, si mes oreilles
l'entendent, mon gros bouclé gélatineux va bien être obligé d'en faire autant, non?
En fait je m'en fiche un peu.
Puisque j'attends chaque matin l'amorce du nouveau jour.
Qui vais-je entendre aujourd'hui?
Est-ce une journée douce, épique, acide?
Ce matin j'ai conduis avant l'aube mon ainé pour un petit voyage, il allait prendre la micheline vers le Sud de l'île. Il
a charge de ne pas laisser passer le temps magique et de revenir avant que le carosse ne soit devenu citrouille, puisqu'après-demain c'est la rentrée. Mais qu'importe, je sentais pour lui
l'excitation de faire seul un pas de géant.
Je me suis traitée de trouillarde toute la journée d'hier, oui, parce que je m'inquiétais pour lui, mais pas seulement, je m'inquiète
pour la maison, se vendra-t-elle, ou pas, et là bas, ne risque-t-on rien avec la nouvelle, enfin, je faisais ce que j'ai l'habitude de faire, me tortiller les intestins, me manger le foie, me
trouer l'estomac, me faire du mouron, mon sport favori.
"Trouillarde", je m'invectivais! Pour un peu je me serais giflée. "T'as pas honte d'avancer dans la vie en ayant peur! Ah c'est chouette! Ca apporte vraiment quelque chose au schmilblick!
C'est bien d'avoir des mectons adolescents, parceque tout à coup on voit dans la glace ce qu'on risque de leur insufler au moment où ils exercent leurs ailes.
Et là, horreur: je me suis vue leur transmettre cette crainte, de tout, faut faire attention, attention....Faut tout prévoir, pas se laisser surprendre, on sait jamais.
On sait jamais.
Elle était belle la philosophie que j'enfournais jusqu'à hier dans leurs becs . Parcequ'ils ont beau avoir l'air de se foutre totalement de ce qu'on leur dit, malheureusement ça rentre, et ça
rentre bien même.
Mais c'est fini!
Oui , je vais laisser tomber toute cette crasse de crainte, cette peau pleine de frissons et de chair de poule, non mais!
Ben dis...
Pour disgresser un petit coup, j'adore l'aube, ça me file une patate d'enfer, y a un petit instant ou l'espace est extrêmement intime, c'est juste à soi.
Koikadi?