Vendredi 30 novembre 2007
Bon juste en apparté pour les curieux...On part à Toulouse.
En ce moment je vis dans toutes les maisons que je visite sur internet, des grandes, des petites, des moches
des belles, des vieilles, des petits cubes roses de lotissements, etc....Et du coup surgit un fantôme en double fond, une maison qui me hante comme bp de maisons de mon enfance.

Il y a une sorte de lumière aveuglante, à peine coupée par les pins, elle rase leurs têtes pomponnées, frôle le haut
des mimosas.
Ils ne sont pas en fleur, il faudrait venir à Pâques, mais à Pâques il fait un peu froid pour se baigner.
Nous venons passer le mois de juillet à La Passagère.
Il y a une grande terrasse d'ardoises inégales bien noires, en fait elles sont plutôt bleu de prusse avec un peu de gris de payne. Elles ont des formes
géométriques de tétrix, et un large liseré blanc les souligne. Cette terrasse est longée d'une murette blanche au sommet arrondi, idéale pour chevaucher ou s'exercer à marcher sur son sommet.
Elle est à ma hauteur, 50 ou 60cm, je dois en faire à peine le double.
Ce matin comme tous les matins, nous avons été à la plage. La plage des dames. On a emmené la grosse clé attachée à une pomme de pin, je n'ai pas encore tout à fait
l'honneur de la porter. On emprunte par le fond du jardin le petit portail blanc. J'ai mon filet à crevette, et tiens la main épaisse et chaude de mon papa.
Pour venir à la plage on passe par le bois de la Chaize. Il est au choix très réconfortant ou très inquiétant, et on y marche quelque soit la saison sur un gros tapis de
feuilles, ça fait très intime on dirait qu'on marche dans un chez-soi.
Mon frère Yves court devant, il n'a pas peur.
Peu à peu le bois s'éclaircit et la mer apparait entre les troncs, et le zinc gris du toit des cabines.
La grosse clé sert à ouvrir la notre, on y accède par deux petites échelles, il y a deux portes à persiennes, ça sent le sable et la crevette là-dedans, ça crisse et gratte sous les pieds, il y a
des seaux, des parasols, des masques qui traînent dans les coins, on peut s'y enfermer et lorgner la plage à travers les lamelles de bois.
Quand on revient , on ne prend pas le même chemin, on passe par le marchand de glace à côté de l'hôtel St Paul, et on
lorgne les bacs remplis de filets, de pelles et de trucs merveilleux qu'on a pas.
Maman est rentrée avant.
Quand on passe entre les maisons, ça sent midi. On entend le bruit du pyrex qui sonne, des bruits de voix, on sent les salades qui se tournent dans les saladiers et les mères qui attendent
le reste de la troupe .
Nous on rentre au paradis: le petit portail blanc, le sentier, la terrasse, les portes fenêtres sont grandes ouvertes, on file s'assoir sur les grandes chaises raides et dures.
Elle n'était pas très confortable cette maison, si je la regarde avec mes yeux de maintenant, mais elle est comme une personne du passé que je guette à travers les autres. Je voudrais
retracer son plan en L, ses larges ouvertures, les portes rondes qui donnaient sur le salon, la sorte de boudoir bleu séparé d'un rideau où j'allais fouiner pour trouver de la lecture. Notre
petite chambre au Nord, avec ses deux lits en bois, l'armoirette dans un coin, et dedans les quelques jouets impérissables, le poupon noir et sa baignoire en plastique, les picsous défraichis, le
papier collant à l'intérieur.
Le carrelage était noir et blanc, il n'y avait pas de bon fauteuil moelleux ni de divan, juste des grandes chaises provençales de chaque côté de la cheminée pour les parents, et nous
on s'intallait sur les chaises-de-la-table. Une mini télé qui marchotait, les courants d'air qui passaient sous les porte-fenêtres, les longues aiguilles de pin squi s'immiscaient partout, les
écorces épaisses et rougeâtres de je ne sais quel résineux.
Avec ces écorces, mon frère Franck faisait des bateaux très beaux, moi des barquasses moyennes et souvent trouées. Mais on y passait un temps infini.
Cet après-midi, je suis allée lire dans ma cabane. C'est une grosses caisse en carton que j'ai installée dans une petite clairière dans les mimosas. J'y suis très bien,
ce n'est pas complètement isolé, mais je suis presque cachée.
Dans le bois il y a une sorte de cave recouverte de plaques de fibro-ciment, les "autres" y mettent leurs vélos, mais pas nous. On va parfois lorgner leurs trésors en soulevant un peu la
plaque.
Les "autres" viendront sans doute en Août, les cousines seront inscrites au tennis, et à la voile. Ce n'est pas la même chose.
Nous on ne fait pas de voile ni de tennis, on va juste à la plage, et puis à la pêche aux crevettes le matin tôt: La mer est froide et saisit les chevilles,
on pousse le filet sur le sable, et parfois on attrape des petits poissons tout droits comme des stylos, et puis des crevettes grises, et des algues. Pour ça, on va aux Sableaux. Il n'y a
personne que nous et le soleil est aveuglant.
Pour retourner à la plage des dames, on passe par les rochers qui verrouillent la plage, ce sont de gros rochers aimables et ronds, avec de bonnes têtes de vieux roches, même moi je peux les
escalader. Les plus proches de l'eau sont plein de soupirs et de zones mystérieuses. Si on se penche on voit le noir et des choses qui brillent, des bulles, des glissements de carapaces, mes
frères y mettent les mains et les crochets, moi je me contente d'appuyer sur les tétines rouges et caoutchouteuses qui crachent de l'eau. Et je claque les bulles noires du goémont.
Je n'aime pas beaucoup plonger mes jambes dans les gros paquets d'algues, et en même temps c'est glissant et presque soyeux, mais j'ai peur que mon petit doigt de pied ne soit happé par la
première grosse pince venue.

(la suite...plus tard!)
par Planeth
publié dans :
Boîte à souvenirs
9
Mercredi 21 novembre 2007

Quand on a appris la nouvelle, j'ai pensé: "On rentre".
Et pourtant.
Et pourtant il y a plus de 5 ans quand on a découvert cet endroit pour la première fois, je m'y suis vue jusqu'au bout, poser mes valises, et mes racines, une terre élue, sans restrictions.
Nous étions arrivées par Propriano, le bateau du matin tôt, le bateau de 6h, quand le jour n'est ni gris ni bleu, le temps immobile. Il n'y avait que nous à nous être arrêtés tout de suite là,
descendre de la voiture et marcher sur les pontons . A plat ventre sur les planches, on a regardé à travers l'eau, et on y a vu un poulpe nonchalant.
Quand j'y repense, bien-sûr , quel choc après la région Grenobloise, ses vallées encombrées et bruyantes de trains, d'autoroutes, d'industries,
son côté high-teck, son brouhaha latin, et se retrouver là un matin et ne plus rien entendre, que le léger bruissement de l'eau sur le sable.
Comment ne pas être stupéfait, les petites routes mangées, sans un seul panneau publicitaire hurlant, le collines désertes, un air de quelque chose de passé et qui manque, un air de rien
d'évident à ce que le fric et la croissance soit omniprésents. Un air de ça a été oublié, et pourvu que personne n'y pense.
Bien-sûr mes jambes frétillaient de partir de temps en temps, bouger, virer, changer, puis je m'apaisais à regarder autour.. Et finissais par croire que ma boulimie d'ailleurs était
guérie.
Puis un jour, comme à chaque fois cela nous est arrivé, où qu'on soit, Dou' et moi nous sommes regardé et nous avons pensé: c'est le moment.
Mais nous n'étions pas pressés, une envie de bouger,certes, mais dolente, encore un tout petit peu ensommeillée.
Puis, il y a quelques jours....la nouvelle.
En même temps j'adore quand le hasard, le destin, ou quoique ce soit nous prend par surprise, et nous file une gifle bruyante de vie: en 10 jours, notre futur est autre, plus rien n'est installé,
de chênes plantés nous redevenons roseaux , et tout ou presque est possible. L'arrachement se fera sentir plus tard, quand tout aura repris sa place, ailleurs, et qu'on se retournera pour tenir
la main de...
ils ne sont plus là, il sont restés là-bas, sur l'île,
l'ex-île.
par Planeth
publié dans :
Vie de famille
9
Ces jours-ci mes idées tourbillonnent comme les feuilles du poirier, aussi
jaunes, aussi pointues, (il y a sûrement des petites sorcières à chapeau sur leurs dos),

L'illustration, je tourne autour depuis tellement de temps, je rôde autour, je la flaire, je la titille du bout du
crayon, elle ne veut pas venir à moi.
Ce que je faisais sur papier était plat, sans saveur, sans odeur. Je laissais ce gros gâteau sur le côté, juste dans le coin de mon regard, ce n'était pas pour moi, certainement.

Il y a quelques années, j'avais fait la même chose avec la peinture à l'huile, elle était devenue une chose terrible, magnifique et
absolument inaccessible, je m'étais enfermée dans un petit modèle de griffonneuse artisanale, pas trop d'horizon dans ces eaux là.
Puis faire des portraits figés comme des pots de mayonnaise m'a tellement fatiguée, tellement rendue nauséeuse que j'ai lâché
l'affaire, idem pour les petits croquis séchés vendus à quelques ouvrages spécialisés, un grand baillement m'en a saisi. Ce n'était pas mon histoire.

Grâce à queques encouragements avisés, je me suis remise à la peinture, reine de mon coeur, et après en avoir bavé des méchantes toiles narcissiques et obscures, un doux petit courant joyeux a
enfin réussi à émerger .
J'en suis là, depuis même pas quelques mois.
Oui c'est long de se trouver soi, parcequ'on est juste là , et c'est si encombrant qu'on cherche toujours ailleurs.

Or donc et par là même, la tentation de l'illustration est revenue toquer à la fenêtre de mes petites maisons bancales, sous la forme de remarques une
fois de plus avisées et amicales.(Merci aux zyeuteurs attentifs)
M'autoriser cette chose là, c'est enfin ouvrir la porte de mes maisons, en
laisser sortir les personnages et laisser mes mots filer au dessus d'eux, en serai-je capable?
L'air à cet endroit est piquant et glacé comme quand on a gravi une forte pente en montagne.
La tête nous tourne un peu et on a pas encore eu le temps de regarder autour.
On entend juste le sang qui tape dans les dents.
J'en suis là.
par Planeth
publié dans :
De l'art ou du cochon
11
Koikadi?