Habiter une station balnéaire, c'est voir arriver dès le mois de Juin une foultitude de gens qui se mettent en 4 sur une affaire diablement
sérieuse: être en vacances.
Des groupes lents dans Saint-Florent marchent à pas comptés: - les familles:
Papa, maman, deux ou trois enfants tout autour, on sent que la parentitude s'interroge sur le prix de tout, des glaces, des serviettes de
plage, du repas du soir, et que ça enraye sérieusement la belle après-midi.
Il faut occuper les petits, la plage bien-sûr, et peut-être quelques excursions, mais pas trop loin, sinon ils auront mal au coeur, les routes sont sinueuses, qu'est-ce qu'on va faire pour
s'occuper soi, des bouquins, regarder les autres gens, qu'est-ce qu'on aurait été bien à la maison, sûrement pas toute cette foule, pas d'angoisse pour se nourrir, et tout un tas d'occupations,
j'avais un bon bricolage en route, moi mes rangements d'armoire, et tante zézette à inviter. Ici on est loin de tout, va falloir s'adapter, c'est les vacances...
Sur la plage, la nature est rebelle, le sable s'infiltre partout, le vent s'en mêle, fouettant les cheveux, rafraichissant l'atmosphère, fermant les livres et les revues, pas moyen de lire
tranquille, les enfants sont excités, se balancent du sable, réclament à manger, il faut veiller à ce qu'ils n'envahissent pas le territoire des voisins de plage , pas de jeté de ballon, de
boules, de balles de tennis ou de raquettes qui font spotch,à moins de venir à 6 h du matin quand la plage est déserte.
Il y a des fourmis, ne pas sortir les biscuits, des mégots planqués sous le sable, quelques objets flottants entre deux eaux dans la belle bleue. Malgré le vent, le soleil est vorace et le
peau cuit à vue d'oeil..
Le temps n'est pas à la détente autant qu'on aurait pu le souhaiter, parents en vigilance de niveau 9, enfants rêvant de liberté et retenus au transat familial, le conflit guette.
Pendant ce temps ,les "baroudeurs" ont pris possession du village, traversant la place des boulistes comme la forêt d'amazonie, ils sont venus ,
ils ont vu et ils ont vaincu.
Ils ont le teint déjà halé, une tenue "de campagne" juste négligée, coton froissé, couleurs végétales, un bob écru jeté en arrière du crâne ou un vieux chapeau de brousse déniché au "vieux
campeur"..
Le must est de se balader pieds nus au milieu du village, l'air lointain, être comme chez soi dans les boutiques, plaisanter avec ces braves commerçants, arracher d'un coup de machoire sauvage le
bout de la baguette de pain qu'on vient d'acquérir, traverser nonchalamment devant les voitures, sans un regard, parceque ici ça se fait, nan? si ça se fait! et aussi de s'arrêter avec la voiture
au milieu et de papoter...
Ils déambulent dans Saint-Florent comme dans une jungle bienveillante où ils seraient le Tarzan et la Jane de service, l'impression d'une maitrise totale de l'habitat indigène et des us et
coutumes locales.
Des Corto Maltese parisiens en goguette...
Les vieux du village, assis sur la muraillette, les regardent sans plus, l'habitude de l'été envahissant, mais détaillent tout de même du regard les déhanchés féminins et les cuisses
dévoilées sous les paréos, les commentant entre eux.. en corse.
Les restaurateurs les cajolent, les palpent, les couvent, les poules aux oeufs d'or.
Meilleurs clients que les familles...
Le long du port, amarrées et exposées, les grosses chaloupes de luxe, noms exotiques, personnel de bord à foison, les yachts bodybuildés se poussent de l'épaule, se compressent,
s'empiètent, pour mettre le bout du nez sur le quai d'honneur et qu'enfin ses occupants puissent manger sur le pont arrière, devant tous les badauds.
Ahhh, parlez moi de la Chaise Dieu, petite ville pétrie d'abbaye, venteuse et froideuse, et calme et souchée au granit qu'il m'en vient des frissons de tendresse....
communauté : Biffures chroniques









Koikadi?