Kiss 'uije?

petitschamps.jpg 
Mon blog, c'est mon psycho-kouak, 
quand j'ai un truc qui  me traine dans la tête, 
je peux le poser ici, et le regarder, 
peut-être même y réfléchir,
à part ça je peins... et vous?
Aneth


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Koikadi?

truc-bidule

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Mercredi 6 février 2008

           maman2.jpg

  Puisqu'en ce moment, il y a des familles près de moi où des mamans s'en vont. Puisque je tourne autour d'un deuil pas fait. Puisqu'il y a 4 jours, c'était l'anniversaire de la mienne, de maman, et qu'elle aurait eu 82 ans, c'est le moment de parler un peu d'elle peut-être.


    Par deux fois mon frère M m'a dit en voyant les maisons sélectionnées à Toulouse: on dirait la maison de maman. Et l'élue ne déroge pas à la règle, prise sous un certain angle, effectivement.

    Quand on est fille, qu'on ressemble beaucoup à sa mère, et que celle-ci disparait, les premiers mois se passent à guetter ce qui est à elle dans ce que nous faisons nous. Et le sentiment est proche de l'agacement, de la peur même.
    Je me suis vue, faire les même gestes, avoir les même réflexions, croiser mon reflet dans une vitre et sursauter parceque c'était elle. 
Or elle est morte et c'est comme de devenir tellement fragile soi-même. 

    Mes premiers sentiments étaient: à quoi bon...
  Finalement, à quoi bon faire les choses puisque tout à coup ça s'arrête, sans explications, sans avoir eu le temps de.., de manière lamentable, en perdant tout ce qui nous faisait être nous.
A quoi bon.

   Maman était pianiste. Pas pianiste virtuose, ou de concert, pas compositrice non plus. Sans doute elle aurait aimé être tout ça.
Elle passait juste des heures et des heures sur son piano, courbée, scandant sa musique de balancements,  reprenant tout les classiques qu'elle avait appris et s'enfuyant ensuite dans des improvisations fantaisistes.


    Maman parle fort, elle est sourde et ses appareils ne marchent jamais bien, elle passe son temps à tripoter l'un ou l'autre et on entend  : pouiiiit, ça sonne, le petit foie de morue en plastique rose pâle siffle son mécontentement.
Quand on parle à plusieurs autour de la table, parfois elle ne suit plus très bien la conversation et à une question qu'on lui pose, elle plisse les yeux, hoche un peu la tête, et sourit pour dire: ahh oui, très bien... C'est assez décalé , mais chacun fait avec, ça va très bien, et en profite pour se moquer un peu d'elle.
   F. surtout la fait enrager, mais c'est son fils chéri, presque une partie d'elle-même tant ils ont de points communs. Le fil entre eux est inaliénable mais leur disputes inextinguibles. C'est le seul à oser lui dire des trucs vraiment vache.


   Maman et ses frères vivent dans leur enfance. A chaque fois qu'ils se retrouvent c'est comme de réunir un club très fermé et très secret, ils sont tous sourds dans cette famille, mais ils entendent très bien leurs souvenirs. Je vois cette cave dans laquelle ils jouaient à Saint-Anne, la villa de Marseille. Je vois la malle qui leur servait de bateau, ou d'avion, je vois Tonton frère , le gringalet, le titi, qui exaspère tout le monde, et va se faire consoler par sa mère,  maman qui fait l'andouille en roulant des yeux et en tirant la langue, ou en faisant des imitations, Yves, le plus grand, le chef, qui organise, Francis, le risque-tout qui est le seul à savoir marcher sur la gouttière autour du toit.

    Je vois sa mère, distante, très belle et très mondaine. et son papa qu'elle verra mourir en quelques mois d'une leucémie foudroyante, son papa adoré et adulé, à la belle tête d'acteur américain.

   Je vois les grands-parents de Dol de Bretagne, le grand-père est un géant aux yeux bleus gris, très doux, et sa femme, une petite personne sèche et vive, pas très caressante.


   Maman est entre la fantaisie et le rituel, depuis qu'elle ne vit plus avec son "doux" mari (mon papa que j'aime mais quel caractère il avait bon sang!!) elle n'en fait qu'à sa tête. Ses frères tentent bien de régler un peu la bête, de l'abreuver de conseils bien sentis, rien à faire.

   En fait le présent  s'arrange à la va comme je te pousse, et le passé règne en maître. La maison est baignée d'une lumière douce et jaune: la nostalgie. Chaque meuble a une histoire, chaque objet. Rien n'est là par hasard, sauf ce qui se passe dans le frigo, dans l'utile, dans le maintenant.
Maman se nourrit de grandes tartines de fromage mais a préparé 3 mois à l'avance le pudding de Noël. Dommage qu'on ne trouve plus de graisse de rognon de boeuf, parceque c'est quand même ça, la vraie recette, même si ça donne ce petit feutré sur la langue pas très....

   Les choses très importantes sont les fêtes de Noël. Il doit y avoir de la famille, le plus de famille possible, les treize desserts, le pudding, la crèche et le sapin, il doit y avoir la mousse et le gui, il doit y avoir, le champagne, la dinde. La table sera magnifique puisqu'on y mettra la très vieille nappe brodée, les assiettes peintes et les couverts en argent. On y mettra les coupes qui sonnent, les beaux verres un peu irréguliers,  les chandeliers qui donneront une lumière mouvante et chaude sur tout ça.

   Les fêtes Lejean, c'est très, très bruyant...famille de sourds donc... Un des premiers mots qu'on apprend d'ailleurs c'est "brou ha! ha!" .  ça fuse, ça crie, ça chante, les conversations s'entrecroisent, on règle ses différends haut et fort en prenant chacun à témoin, mais pas le temps de faire la tête, on est déjà en train de régler son compte au suivant. Grand lessive familiale donc, papa avait horreur de ça, pourtant ils sont un peu pareils les bretons de chez lui, c'est très pince sans rire mais assez bruyant aussi..

   Le reste du temps, maman est dans sa solitude, les yeux fermés au soleil, savourant la minute, l'instant.

la suite une autre fois, je vais m'habiller quand même , il est tard!

Edit de 10h33(oui je sais, déjà!):
Pour mon Dou' qui est loin: Tu te souviens quand elle écarquillait ses yeux très clairs, et qu'elle retroussait les lèvres pour dire un peu à la cha cha: "c'est exquis!" D'ailleurs tu la refais très bien!
Ou bien quand elle, elle te refaisait,  marmonnant  d'une voix mielleuse et grave ce que tu lui disais de moi(pour rire): "elle est merveilleuse!"


par Planeth publié dans : Boîte à souvenirs ajouter un commentaire commentaires (10)   
communauté : Biffures chroniques
Vendredi 30 novembre 2007
Bon juste en apparté pour les curieux...On part à Toulouse.



               En ce moment je vis dans toutes les maisons que je visite sur internet, des grandes, des petites, des moches des belles, des vieilles, des petits cubes roses de lotissements, etc....Et du coup surgit un fantôme en double fond, une maison qui me hante comme bp de maisons de mon enfance.

plagedesdames.jpg

              Il y a une sorte de lumière aveuglante, à peine coupée par les pins, elle rase leurs têtes pomponnées, frôle le haut des mimosas.
Ils ne sont pas en fleur, il faudrait venir à Pâques, mais à Pâques il fait un peu froid pour se baigner.
Nous venons passer le mois de juillet à La Passagère.
 
        Il y a une grande terrasse d'ardoises inégales bien noires, en fait elles sont plutôt bleu de prusse avec un peu de gris de payne. Elles ont des formes géométriques de tétrix, et un large liseré blanc les souligne. Cette terrasse est longée d'une murette blanche au sommet arrondi, idéale pour chevaucher ou s'exercer à marcher sur son sommet. Elle est à ma hauteur, 50 ou 60cm, je dois en faire à peine le double.

     Ce matin comme tous les matins, nous avons été à la plage. La plage des dames. On a emmené la grosse clé attachée à une pomme de pin, je n'ai pas encore tout à fait l'honneur de la porter. On emprunte par le fond du jardin le petit portail blanc. J'ai mon filet à crevette, et tiens la main épaisse et chaude de mon papa.


    Pour venir à la plage on passe par le bois de la Chaize. Il est au choix très réconfortant ou très inquiétant, et on y marche quelque soit la saison sur un gros tapis de feuilles, ça fait très intime on dirait qu'on marche dans un chez-soi.
Mon frère Yves court devant, il n'a pas peur.

Peu à peu le bois s'éclaircit et la mer apparait entre les troncs, et le zinc gris du toit des cabines.

La grosse clé sert à ouvrir la notre, on y accède par deux petites échelles, il y a deux portes à persiennes, ça sent le sable et la crevette là-dedans, ça crisse et gratte sous les pieds, il y a des seaux, des parasols, des masques qui traînent dans les coins, on peut s'y enfermer et lorgner la plage à travers les lamelles de bois.

    Quand on revient , on ne prend pas le même chemin, on passe par le marchand de glace à côté de l'hôtel St Paul, et on lorgne les bacs remplis de filets, de pelles et de trucs merveilleux qu'on a pas.
       Maman est rentrée avant.
  Quand on passe entre les maisons, ça sent midi. On entend le bruit du pyrex qui sonne, des bruits de voix, on sent les salades qui se tournent dans les saladiers et les mères qui attendent le reste de la troupe .


Nous on rentre au paradis: le petit portail blanc, le sentier, la  terrasse, les portes fenêtres sont grandes ouvertes, on file s'assoir sur les grandes chaises raides et dures.

Elle n'était pas très confortable cette maison, si je la regarde avec  mes yeux de maintenant, mais elle est comme une personne du passé que je guette à travers les autres. Je voudrais retracer son plan en L, ses larges ouvertures, les portes rondes qui donnaient sur le salon, la sorte de boudoir bleu séparé d'un rideau où j'allais fouiner pour trouver de la lecture. Notre petite chambre au Nord, avec ses deux lits en bois, l'armoirette dans un coin, et dedans les quelques jouets impérissables, le poupon noir et sa baignoire en plastique, les picsous défraichis, le papier collant à l'intérieur.

   Le carrelage était noir et blanc, il n'y avait pas de bon fauteuil moelleux ni de divan, juste des grandes chaises provençales de chaque côté de la cheminée pour les parents, et nous on s'intallait sur les chaises-de-la-table. Une mini télé qui marchotait, les courants d'air qui passaient sous les porte-fenêtres, les longues aiguilles de pin squi s'immiscaient partout, les écorces épaisses et rougeâtres de je ne sais quel résineux.

Avec ces écorces, mon frère Franck faisait des bateaux très beaux, moi des barquasses moyennes et souvent trouées. Mais on y passait un temps infini.


     Cet après-midi, je suis allée lire dans ma cabane. C'est une grosses caisse en carton que j'ai installée dans une petite clairière dans les mimosas. J'y suis très bien, ce n'est pas complètement isolé, mais je suis presque cachée.
Dans le bois il y a une sorte de cave recouverte de plaques de fibro-ciment, les "autres" y mettent leurs vélos, mais pas nous. On va parfois lorgner leurs trésors en soulevant un peu la plaque.  
   Les "autres" viendront sans doute en Août, les cousines seront inscrites au tennis, et à la voile. Ce n'est pas la même chose.

       Nous on ne fait pas de voile ni de tennis, on va juste à la plage, et puis à la pêche aux crevettes le matin tôt: La mer est froide et saisit les chevilles, on pousse le filet sur le sable, et parfois on attrape des petits poissons tout droits comme des stylos, et puis des crevettes grises, et des algues. Pour ça, on va aux Sableaux. Il n'y a personne que nous et le soleil est aveuglant.
Pour retourner à la plage des dames, on passe par les rochers qui verrouillent la plage, ce sont de gros rochers aimables et ronds, avec de bonnes têtes de vieux roches, même moi je peux les escalader. Les plus proches de l'eau sont plein de soupirs et de zones mystérieuses. Si on se penche on voit le noir et des choses qui brillent, des bulles, des glissements de carapaces, mes frères y mettent les mains et les crochets, moi je me contente d'appuyer sur les tétines rouges et caoutchouteuses qui crachent de l'eau. Et je claque les bulles noires du goémont.

Je n'aime pas beaucoup plonger mes jambes dans les gros paquets d'algues, et en même temps c'est glissant et presque soyeux, mais j'ai peur  que mon petit doigt de pied ne soit happé par la première grosse pince venue.
noirmout702.jpg

(la suite...plus tard!)


par Planeth publié dans : Boîte à souvenirs ajouter un commentaire commentaires (9)   
communauté : Biffures chroniques
Mardi 3 avril 2007

 copyright F.Patay

J'en étais où déjà? Ah oui dans la cuisine, puis j'ai disgressé, désolée..

Alors après le poële à fuel, jaune un peu moutarde, très laid, y a la cuisinière, très vieille, après une machine à laver le linge récupérée, mais qui marche, pas comme celle de Soph, et enfin côté Nord, un évier avec juste le robinet d'eau froide, et une grande fenêtre mais elle est trop haute cette fenêtre, et on ne voit que les arbres, ou alors il faut grimper sur l'évier. Mais de toutes façons on ne peut pas l'ouvrir parceque l'ampélopsis a mis son bazar partout, ça fait comme des petits bras longs et maigres et bruns qui s'accrochent  avec des petites ventouses .

(pour dire le vrai cette nuit cette fois je n'ai pas eu besoin d'aller là-bas, j'ai fait plein de rêves de ouf mais irracontables...)

Ensuite une grande étagère avec plein de pots, les bols à oreilles avec le prénom, les bolées de cidre en grès, des pots à lait, des trucs et des machins. Quand je vivais là toute seule, je n'ai pas dû toucher une seule fois à cette étagère, pour moi elle faisait juste partie du décor.
Mur ouest, une espèce de cloison marron en bois, dissimulant un corridor, contre elle, un vieux poële en fonte et en faïence .

D'un coup de l'index, je fais sauter le clanche de la porte, elle fait Brrrouuuu en s'ouvrant, ça donne sur le fameux corridor de service, un couloir fantôme en somme, très peu de lumière, des placards avec de la vaisselle qui date de mathusalem, les trucs hideux de l'époque , terrine en forme de lapin, plat à poisson en forme de poisson, c'était la "vie des animaux" à table..

Là,  le carrelage a carrément abandonné, il est blême, terne, grossier, le couloir fait un L, et dans le coin du L, il y a un garde manger en grillage accroché au mur, avec encore de vieux papiers journaux dedans, mon père et mon frère ont dû y mettre des pigeons ou des lapins, là-dedans, morts évidemment. En suivant le couloir, à droite, une porte qui n'a même pas idée qu'elle est une porte, elle s'ouvre en ébrouant les franges de tissus qui sont sensées servir d'isolant. Elle donne dehors, sur une petite passerelle en bois très très très vieille et déconcertante, avec même une balustrade sur laquelle personne ne tente de s'appuyer.La passerelle mène dans une petite pièce carrée,avec une sorte de grand coffre sur la droite, en bois très très très vieux, percé d'un large trou rond. Le cabinet d'en haut. Mon arrière-grand-père emmenait parait-il son fusil là, et y passait des heures à guetter les pigeons ou autres merles, il y a une lucarne qui donne sur les fusains.
Moi je n'y allais jamais la nuit, je préfèrais dévaler l'escalier pour aller dans celui d'en bas, celui avec le plafond marron végétal (j'avais l'impression que les morceaux enchevêtrés de torchis avaient servi à nettoyer les cabinets...en plus il pouvait s'y cacher toutes les bestioles les plus horribles de la terre).
Mais celui d'en bas il fallait descendre un peu comme dans la cave, il y avait deux marches et la dernière, le plancher faisait Boum, un son assez profond, comme s'il y avait un espace dessous. La lumière était basse et faible, le plafond (celui en torchis dégoûtant) était bas aussi. Une petite lucarne haute qui correspondait au raz du sol dehors, envahie d'herbe, et dans les coins, sûrement des araignées, ces petites choses marronnâsses que je lorgnais .

Maintenant que j'y pense, ce coin là (le cabinet du bas) aurait très bien pu être avant un escalier qui descendait dans...où? ça je ne sais pas, mais il y avait une sorte d'arcade au dessus de la porte, et quand on sortait du cabinet, dans la deuxième petite pièce avec le lavabo, il y avait égalemnt une arcade au-dessus de la porte de sortie, ça et la différence de niveau entre les deux...mystère...

En sortant du cabinet d'en bas, si on voulait tourner à gauche il fallait se baisser, les bretons étaient petits dans le temps, et la porte est vraiment basse. Là le carrelage c'est carrément l'Atlantique, ça tangue, c'est mouvant, y a rien de droit, je dépasse la chambre de mon grand-père, ça sent la pharmacie à plein nez, et la poussière accrochée dans la toile de jute, et une odeur un peu acide de vieillesse.
   Au fond du couloir c'est l'atelier, la pièce plein de bric-à-brac, des machines, des tables, des trucs cassés dans tous les coins, des rames, des pots de peinture avec des tournevis dedans qui sèchent, des outils qui trainent, une paillasse de laboratoire qui sert d'établi, des poisons pour toutes les bestioles indésirables du jardin, une dégauchisseuse menaçante, une armoire vitrée(mais non elle n'était pas vitrée, je ne sais plus) qui grince tellement qu'on a peur de se la prendre sur la tête quand on essaie d'ouvrir les placards du haut, une cheminée toute noire où on fait griller les chataignes, une porte du fond, toute noire avec un panneau menaçant : "Quiconque essaie d'entrer ici le fait au péril de sa vie", ou quelque chose d'approchant. Derrière la porte, une cave  plus basse, plus sombre, où on va chercher les pommes de terre très vite et sans regarder nulle part, surtout pas dans le coin de droite où il y a une sorte de mini couloir qui va on ne sait où, en tous les cas moi je ne sais pas, j'ai bien trop peur pour m'en approcher. Mes frères ont déjà dû farfouiller là-dedans, eux, il connaissent le Manoir comme leur poche, et tous les secrets, mais pas moi.

 

 

par Planeth publié dans : Boîte à souvenirs commentaires (4)   
communauté : Biffures chroniques
Lundi 2 avril 2007

Flash-back 1:

copyright F.Patay

Cette nuit, je me suis réveillée en sursaut, et pas moyen de me rendormir.
J'ai cherché les visions qui me redonneraient la sérénité propice.
  J'ai d'abord marché dans l'eau de la plage de la Roya, mais cela ne suffisait pas, alors je suis partie vers l'océan, marée basse, goémon et pieds nus qui s'enfoncent  dans la sable mêlé de vase, lisse et luisant. Le vent qui me fouettait, et le cri des goélands, c'était pas mal, les oyats couchés, l'avancée des pins, la mer comme une masse sombre brun-vert, l'odeur forte de sel et d'algue pourrissante, ça aurait pu marcher, mais j'étais aussi réveillée qu'en plein jour, il a fallu trouver autre chose.

Alors je suis retournée à la maison mère, la maison de famille, la grande dame. j'ai marché sur le gravier qui crouisse sous les bottes, tapé mes talons sur la dalle en ardoise mauve, et soulevé le clanche de la porte ronde, celle de l'aile Nord, ça sent le fioul là-dedans, et il fait noir. A gauche la cuve de métal sur ses pieds bots, devant moi la montée d'escalier. Je la monte toujours à droite, peut-être à cause de la rampe, et d'un pas un peu lourd, un palier puis encore une volée de marches. On arrive au premier, une haute fenêtre à petits carreaux, chaque carreau a sa toile d'araignée, et dans les encoignures, on sent les petits tubes de velours blanc, envie dégoutée d'y glisser le doigt à la rencontre de l'insecte..
  Je rentre à droite, c'est la cuisine d'en haut. Les carrelages sont en terre cuite, de toutes les couleurs d'ocre et de rouge cuit, ils brinqueballent sous les pas. Un épais tapis de fibre, d'une couleur complètement passée, beigeasse au mieux, lourd de poussière, et un peu effiloché, une table large et longue, plus basse que la moyenne, flanquée de bancs étroits. A droite de la porte, une cheminée, large et haute, on pourrait y mettre un tronc , ou une vache, c'est selon.
Je ne me souviens plus de ce qu'il y a sur l'étagère au dessus, des pots, un fusil sans doute.. Ensuite le poële à fuel, il y en a un dans plusieurs pièces de l'étage, cela date de l'installation de mes parents dans la maison. Ils font, quand ils ne fonctionnent pas, un drôle de cliquetis, provoqué par le vent qui circule joyeusement dedans. C'est drôle j'ai écrit un texte sur cette maison mais il y a déjà une dizaine d'année, et le ressenti d'alors est assez sinistre.

Aujourd'hui, je retrouve ces souvenirs avec assez de bonheur, comme une vieille dame amie qui m'a accompagné quelques temps, ils sont loins maintenant les souvenirs douloureux laissés là-bas, c'est juste d'une nostalgie douce dont il s'agit.

Faire l'inventaire, c'est me reglisser dans ma peau de 10 ans, de 18 ans, de 25 ans, les époques se mélangent, les périodes où mes grands-parents l'habitaient encore, où l'on entendait à longueur de journée le ronronnement du motoculteur de mon grand-père, puis celle où j'ai habité seule dans son antre,dans son ventre, moitié effrayée, moitié hypnoptisée par elle, mélangeant l'imprécision de mes études aux Beaux-arts et le vague à l'âme que j'y ressentais.

C'est mélanger les dimanches, les jupes plissées insupportables et les barrettes, et le plaisir d'aller bricoler dans l'atelier au milieu du bric-à-brac , tâter du ciseau à bois, du tournevis et du marteau, impatientée par la lenteur de mon aïeul et ses explications.

Les dimanches , ma grand-mère brusque et tonnante, ses rires de crécelle rauques, son bavardage comme un éboulis de mots, mêlants les cancans et les histoires du reste de la famille que mon père accueillait en soupirant.

la suite une autre fois..

merci à mon frère pour ses photoscopyright F.Patay

par Planeth publié dans : Boîte à souvenirs commentaires (4)   
communauté : Biffures chroniques
Mercredi 28 mars 2007

 

Number 4,
 Lui aussi c'est un cas, déjà être le quatrième garçon, c'est pas de la tarte . Je ne vous fais pas un dessin, on n'est pas dans les séries américaines où y a tout plein d'enfants et c'est tout plein merveilleux.. Là, on était plutôt dans la configuration paternelle:   "Pu..., une famille, c'est boulet.."Enfin je traduis.

Or donc une enfance épanouie au sein d'une famille formidable a poussé ce roseau plein de promesses vers un avenir spirituel , quelques retraites, un certain charisme, je dirais même plus un charisme certain, un amour immodéré pour la mayonnaise, et un savoir faire méditatif et litanique hors pair...C'est presque un homme public puisqu'on peut avoir à faire à lui lors de stages au centre bouddhiste de Dhagpo.

On a dû jouer pas mal ensemble même si seulement quelques bribes me reviennent, des histoires de cabanes, et surtout des circuits de petites voitures dans les aiguilles d'if (c'est une merveille les aiguilles d'if pour faire des circuits, c'est très fin).
Sinon, des colères noires, je dirai plutôt des accès de rage, et puis le calme faussement serein du volcan, voilà à quoi il me faisait penser. Quand il me dit qu'il travaille ses démons, et que c'est parfois difficile, je n'ai pas de mal à le croire, mais le résultat est qu'il n'est plus un volcan qui menace d'exploser, mais plutôt un morceau de paysage ensoleillé, et qu'il fait bon le rencontrer..

 

  exemple d'intervention:


Samedi 26 et dimanche 27 mai 2007
Qu'est-ce que l'esprit ?

Lama Dordjé Puntso

Le sage bouddhiste indien Saraha a dit : « Le chemin ne sera jamais parcouru par un esprit artificiel ». Mais qu'est-ce que l'esprit ? Il est ce qui connaît, ce qui nous permet d'expérimenter les choses. Cependant, la nature véritable de l'esprit est au-delà des idées qu'il projette. Lama Dordjé Puntso, partant de l'aspect confus et limité de la conscience, nous montre la dimension éveillée de l'esprit. De la conscience partielle à l'esprit de sagesse, tel est le chemin enseigné par le Bouddha.

- Ouvert à tous, accessible aux débutants
- Frais de session : 10 € / jour

par Planeth publié dans : Boîte à souvenirs ajouter un commentaire commentaires (5)   
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